Données DREES · Édition 2025

L'Aide sociale à l'enfance
en France

Bénéficiaires, mesures et dépenses départementales : comprendre en un coup d'œil l'ampleur, les moyens et les enjeux d'une politique publique qui protège près de 400 000 enfants et jeunes.

Étape 1 · Les chiffres qui comptent

L'ASE en 6 chiffres-clés

Au 31 décembre 2023, l'aide sociale à l'enfance représente à la fois un filet de sécurité pour des centaines de milliers de jeunes et un budget départemental de plusieurs milliards d'euros.

396 900
mesures d'ASE en cours fin 2023
Soit 24 mesures pour 1 000 jeunes de moins de 21 ans.
Voir l'évolution depuis 1996
384 900
enfants et jeunes majeurs accompagnés
Mineurs et jeunes majeurs — certains bénéficient de plusieurs mesures.
Comprendre leur parcours
11Mds €
dépensés par les départements en 2023
80 % de ce budget finance l'accueil des enfants.
Où va l'argent ?
175 800
enfants accueillis hors de leur famille
46 % des mesures — famille d'accueil, établissement, logement autonome.
Voir les modes d'accueil
221 000
enfants suivis à domicile
57 % des mesures — actions éducatives, aides financières, accompagnement.
Comprendre l'action éducative
41 000
coût annuel moyen d'un accueil
Contre 3 600 € par an pour une action éducative à domicile.
Voir les disparités départementales
À retenir — Sur 100 jeunes en France âgés de moins de 21 ans, 2,3 suivent une mesure d'ASE. C'est un ordre de grandeur qui a crû régulièrement depuis 25 ans, en lien notamment avec l'accueil des mineurs non accompagnés (MNA) et le soutien aux jeunes majeurs.
Étape 2 · Une croissance régulière

L'ASE ne cesse de grandir depuis 1998

En 25 ans, le nombre de mesures d'ASE a été multiplié par 1,5 et les dépenses totales par 2,6 (×1,7 hors inflation). Une progression portée d'abord par la hausse des accueils.

Nombre de mesures d'ASE (1996 – 2023)

Accueils + actions éducatives, au 31 décembre de chaque année.

Dépenses départementales d'ASE

En milliards d'euros courants. 80 % vont à l'accueil, 20 % au reste.

Pourquoi cette hausse ? Trois moteurs : l'augmentation des mineurs non accompagnés (MNA) accueillis entre 2015 et 2019 puis à nouveau depuis 2021, la montée en charge de l'accueil provisoire jeune majeur (APJM), et la revalorisation salariale des assistants familiaux prévue par la loi du 7 février 2022.
Étape 3 · Parcours d'un enfant

Du signalement à la sortie : 5 étapes clés

Chaque parcours est unique. Mais il suit presque toujours les mêmes grandes étapes. Cliquez sur une étape pour en savoir plus.

1

Signalement

Une information préoccupante arrive au Conseil départemental.

L'alerte peut venir de l'école, d'un médecin, d'un voisin, de la famille elle-même ou du 119 (Allô Enfance en Danger). La Cellule de recueil des informations préoccupantes (CRIP) évalue la situation.

2

Évaluation

Une équipe pluridisciplinaire évalue la situation de l'enfant.

Travailleurs sociaux, psychologues, médecins rencontrent l'enfant et la famille. Ils déterminent s'il existe un danger, un risque, et quelle mesure proposer — à domicile ou en accueil.

3

Décision

Administrative (avec accord) ou judiciaire (sans accord).

Près de 71 % des actions éducatives et 79 % des mesures d'accueil font suite à une décision du juge des enfants. Les mesures administratives supposent l'adhésion de la famille.

4

Mesure

Action éducative à domicile ou accueil hors de la famille.

57 % des mesures sont des actions éducatives à domicile (AED/AEMO). 46 % sont des mesures d'accueil : famille d'accueil, établissement (MECS, foyer), logement autonome pour les plus âgés.

5

Sortie

Retour en famille, passage à la majorité, accompagnement jeune majeur.

La loi du 7 février 2022 renforce l'accompagnement jusqu'à 21 ans pour éviter les « sorties sèches ». L'APJM (accueil provisoire jeune majeur) permet de prolonger le soutien.

Étape 4 · Où vivent les enfants accueillis ?

Du foyer familial au logement autonome

La répartition des modes d'accueil a profondément évolué en 25 ans. La part des familles d'accueil recule, celle des établissements et des formes autonomes progresse.

Répartition des enfants confiés à l'ASE (fin 2023)

Sur 100 enfants accueillis — évolution notable depuis 1996 où les familles d'accueil représentaient 54 %.

Établissement 41 %
Famille d'accueil 36 %
Autonome 18 %
Autres 5 %
Établissement (41 %)MECS, foyers
Famille d'accueil (36 %)assistants familiaux
Logement autonome (18 %) — pour adolescents et jeunes majeurs
Autres formes (5 %) — foyers de jeunes travailleurs, tiers bénévoles…

Coût moyen annuel par bénéficiaire

Un accueil coûte en moyenne 11 fois plus qu'une action éducative.

Décisions : administratives vs judiciaires

La majorité des mesures d'ASE font suite à une décision du juge.

Étape 5 · Une France aux multiples visages

De fortes disparités entre départements

Parce que l'ASE est une compétence départementale, les pratiques — et donc les dépenses — varient fortement d'un territoire à l'autre.

📍 Taux de mesures d'ASE

de 2,1 % à plus de 4 %

Plus de la moitié des départements ont un taux compris entre 2,1 % et 3,1 % de la population des moins de 21 ans. Trois se distinguent avec plus de 4 % : la Meuse, la Creuse et la Nièvre.

🏠 Part en famille d'accueil

de 28 % à 45 %

Dans la moitié des départements, 28 à 45 % des enfants sont accueillis chez une assistante familiale. C'est dans les DROM et 11 départements ruraux que la part dépasse 56 %.

⚖️ Aides éducatives administratives

de 8 % à 58 %

La part d'aides éducatives à domicile non judiciaires varie énormément. Seuls le Lot et le Loiret dépassent 50 %.

💶 Dépense moyenne par accueil

31 200 € – 47 100 €

Dans la moitié des départements, la dépense moyenne annuelle par bénéficiaire accueilli se situe dans cette fourchette. La moyenne nationale est de 41 000 €.

🌍 Île-de-France & sud-est

recours plus élevé à l'établissement

24 départements, surtout dans l'est, l'Île-de-France et le sud, recourent davantage à l'accueil en établissement qu'aux familles d'accueil.

📊 Coût d'une action éducative

3 600 € / an en moyenne

Dans près d'un département sur deux, le coût annuel moyen d'une action éducative se situe entre 2 700 € et 4 000 €.

Étape 6 · Qui sont les enfants de l'ASE ?

Un profil qui diffère des autres jeunes

Plus souvent des garçons, plus souvent des adolescents, et plus souvent en situation de handicap ou de retard scolaire. L'ASE accompagne des enfants aux besoins spécifiques.

Garçons confiés à l'ASE
61 %
contre 51 % dans la population générale des moins de 21 ans
Adolescents 11-17 ans
51 %
des bénéficiaires d'une action éducative (vs 36 % en population générale)
Handicap reconnu (MDPH)
15 %
des jeunes accueillis en établissement, soit près de 11 000 enfants
Retard scolaire à 11 ans
40 %
encore en école primaire (contre 7 % en population générale)
Mineurs non accompagnés (MNA) Fin 2021, 22 % des jeunes accueillis en établissement étaient des MNA. Leur nombre repart à la hausse depuis 2021 (+24 % par an en moyenne), porté par la reprise des flux migratoires.
Étape 7 · Comprendre le vocabulaire

Dictionnaire de l'ASE

Acronymes, dispositifs, métiers : voici les mots-clés pour s'y retrouver dans l'univers de la protection de l'enfance, expliqués simplement.

ASEAide sociale à l'enfanceInstitution

Service départemental chargé d'apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique aux enfants et à leurs familles confrontés à des difficultés. Compétence des Conseils départementaux depuis la décentralisation.

CRIPCellule de recueil des informations préoccupantesInstitution

Service départemental qui reçoit, évalue et oriente les signalements concernant des enfants en danger ou en risque de l'être.

ODPEObservatoire départemental de la protection de l'enfanceInstitution

Structure qui recueille et analyse les données sur la protection de l'enfance à l'échelle du département, pour éclairer les politiques publiques.

PMIProtection maternelle et infantileInstitution

Service départemental qui assure la prévention médico-sociale auprès des femmes enceintes, des jeunes enfants (0-6 ans) et de leurs familles.

MDPHMaison départementale des personnes handicapéesInstitution

Guichet unique qui reconnaît le handicap et ouvre les droits correspondants. 15 % des jeunes accueillis en établissement de l'ASE ont une reconnaissance MDPH.

119Allô Enfance en DangerInstitution

Numéro national gratuit et confidentiel, accessible 24h/24, pour signaler toute situation d'enfant en danger ou en risque. Géré par le SNATED.

AEDAction éducative à domicileMesure

Mesure administrative : avec l'accord de la famille, un éducateur intervient à domicile pour soutenir les parents et l'enfant, sans retrait du milieu familial.

AEMOAction éducative en milieu ouvertMesure

Équivalent judiciaire de l'AED : ordonnée par le juge des enfants, sans retrait du milieu familial. Un éducateur accompagne la famille pour restaurer les conditions de sécurité de l'enfant.

PEADPlacement éducatif à domicileMesure

Mesure hybride : l'enfant est juridiquement confié à l'ASE, mais vit à son domicile avec un accompagnement éducatif renforcé et la possibilité d'un accueil en urgence.

TISFTechnicien de l'intervention sociale et familialeMesure

Professionnel qui intervient au domicile pour soutenir la vie quotidienne des familles en difficulté : hygiène, alimentation, lien aux enfants.

APJMAccueil provisoire jeune majeurMesure

« Contrat jeune majeur » : prolonge l'accompagnement de l'ASE entre 18 et 21 ans pour éviter les sorties sèches. Renforcé par la loi du 7 février 2022.

Placement judiciaireMesure

Décision du juge des enfants confiant un mineur à l'ASE ou à un tiers, lorsque la santé, la sécurité ou la moralité sont en danger et que l'accord des parents n'a pu être obtenu. Concerne 79 % des accueils.

Accueil administratifMesure

Accueil décidé par le Conseil départemental avec l'accord des parents. Il peut être retiré à tout moment par la famille. Concerne 21 % des accueils.

IPInformation préoccupanteMesure

Alerte transmise à la CRIP concernant un enfant susceptible d'être en danger. Une évaluation est alors menée par des travailleurs sociaux.

MECSMaison d'enfants à caractère socialLieu d'accueil

Établissement qui accueille collectivement des enfants confiés à l'ASE, de quelques semaines à plusieurs années. Mode d'accueil en établissement le plus fréquent.

Foyer de l'enfanceLieu d'accueil

Structure départementale qui accueille en urgence des mineurs, pour une évaluation de leur situation et une orientation vers une solution durable.

Pouponnière à caractère socialLieu d'accueil

Établissement spécialisé dans l'accueil 24h/24 des enfants de moins de 3 ans confiés à l'ASE.

Village d'enfantsLieu d'accueil

Structure conçue pour préserver les fratries : plusieurs pavillons familiaux sur un même site, encadrés par des éducateurs familiaux.

LVALieu de vie et d'accueilLieu d'accueil

Petite structure (jusqu'à 10 jeunes) qui propose un accueil de type familial, souvent dans un cadre rural, animée par des « permanents » vivant sur place.

Famille d'accueilLieu d'accueil

Accueil par un ou une assistante familiale à son domicile. Mode majoritaire pour les plus jeunes (61 % des 3-5 ans), en recul au profit des établissements (36 % des confiés en 2023, contre 54 % en 1996).

Assistant·e familial·eMétier

Professionnel agréé par le département, salarié de l'ASE ou d'une association, qui accueille chez lui un ou plusieurs enfants confiés. Métier massivement féminin (9 sur 10 sont des femmes) revalorisé par la loi du 7 février 2022.

ESÉducateur / éducatrice spécialisé·eMétier

Professionnel diplômé (DEES) qui accompagne des personnes en difficulté : en établissement, en milieu ouvert (AEMO) ou à domicile (AED). Cœur de métier de la protection de l'enfance.

MEMoniteur-éducateurMétier

Professionnel de l'animation éducative au quotidien, qui participe à l'action éducative aux côtés des éducateurs spécialisés, notamment en internat.

EJEÉducateur de jeunes enfantsMétier

Professionnel spécialisé dans la petite enfance (0-7 ans). Accompagne les enfants en pouponnière, en MECS pour les petits, ou en PMI.

ASSAssistant·e de service socialMétier

Professionnel qui évalue les situations familiales, accompagne les personnes dans l'accès aux droits et peut réaliser des évaluations d'informations préoccupantes.

Juge des enfantsMétier

Magistrat spécialisé qui décide des mesures d'assistance éducative (AEMO, placement) lorsque la santé, la sécurité ou la moralité d'un mineur sont en danger. Statue aussi en matière pénale pour les mineurs.

Référent·e ASEMétier

Travailleur social du département qui coordonne le parcours d'un enfant confié : lien avec la famille, le lieu d'accueil, l'école, le juge. Interlocuteur pivot du projet pour l'enfant (PPE).

PsychologueMétier

Intervient en évaluation (CRIP), en soutien thérapeutique des enfants accueillis, et en appui aux équipes éducatives.

MNAMineur non accompagnéPublic

Jeune étranger de moins de 18 ans arrivé en France sans responsable légal. Après évaluation de la minorité et de l'isolement, il est confié à l'ASE. Représente 22 % des jeunes accueillis en établissement fin 2021.

Jeune majeurPublic

Jeune de 18 à 21 ans qui continue d'être accompagné par l'ASE via un APJM, pour sécuriser sa sortie vers l'autonomie (logement, formation, emploi).

« Sortie sèche »Public

Fin brutale de la prise en charge à 18 ans sans relais ni logement. La loi de 2022 l'interdit désormais : tout jeune de l'ASE doit bénéficier d'un accompagnement jusqu'à 21 ans s'il le souhaite.

Enfant confiéPublic

Enfant dont la garde est temporairement transférée à l'ASE par décision administrative ou judiciaire. 175 800 enfants étaient confiés fin 2023.

Pupille de l'ÉtatPublic

Statut juridique particulier : enfants confiés définitivement à l'État (orphelins, enfants nés sous X, délaissés). Ils peuvent être adoptés.

PPEProjet pour l'enfantPublic

Document obligatoire qui formalise les objectifs de l'accompagnement d'un enfant confié : scolarité, santé, lien avec la famille, préparation à l'autonomie.

Vous ne trouvez pas un terme ? Le glossaire complet figure en annexe 2 du rapport DREES, disponible en ligne. Les principaux textes de référence sont le Code de l'action sociale et des familles (CASF), la loi du 5 mars 2007 réformant la protection de l'enfance et la loi Taquet du 7 février 2022 relative à la protection des enfants.