Services à la personne

Carburant et frais kilométriques en 2026 : la nouvelle équation économique des SAAD

Sébastien VRAY
Directeur Général de Ezio

Aide carburant « grands rouleurs » doublée à 100 € le 21 mai 2026, guichet ASP ouvert depuis le 27 mai : pour les SAAD, les frais kilométriques ne sont plus un sujet RH, c'est devenu la variable d'ajustement n° 1 de la marge horaire.

Illustration : pompe à essence avec 100 €, aide carburant grands rouleurs, aide à domicile 2026

Aide carburant grands rouleurs 2026 : ce qu'il faut retenir

  • Le 21 mai 2026, le gouvernement a doublé l'aide carburant « grands rouleurs » : de 50 € à 100 €, période prolongée d'avril à août 2026.
  • Le guichet ASP est ouvert depuis le 27 mai et la demande se fait sur 2 mois — directement par chaque salarié.
  • Le secteur de l'aide à domicile est officiellement intégré aux professions « les plus exposées » à la crise énergétique (Loïc Gobé, président de la FESP, sur franceinfo le 22 mai).
  • Mais la moitié entrepreneuriale du secteur reste exclue de certaines revalorisations des indemnités kilométriques (alerte FESP).
  • En parallèle : SOS commun des cinq fédérations en Martinique (ADEDOM, FEDESAP, FEHAP, FESP, SYNERPA), et un débat ouvert sur le barème IK 2026.
  • Pour un SAAD, les frais kilométriques ne sont plus un sujet RH : ce sont la variable d'ajustement n° 1 de la marge horaire.

Pourquoi le carburant est redevenu, en mai 2026, le sujet n° 1 des SAAD

Le retour du carburant au sommet de l'agenda du secteur de l'aide à domicile n'a rien d'accidentel. Trois mouvements se sont combinés en quatre semaines.

D'abord, le décret n° 2026-333 du 30 avril 2026, publié au Journal officiel, a créé l'indemnité forfaitaire « grands rouleurs » à 50 € pour les salariés effectuant plus de 15 km par trajet ou plus de 8 000 km par an dans le cadre de leur activité professionnelle, sous condition de ressources (revenu fiscal de référence par part ≤ 16 880 €).

Ensuite, le 21 mai, en conférence de presse, la ministre déléguée à l'Énergie Maud Bregeon a annoncé le doublement de l'aide à 100 € et son prolongement jusqu'à août 2026. La même semaine, Loïc Gobé, président de la Fédération des entreprises de services à la personne (FESP), saluait sur franceinfo trois signaux positifs : intégration des aides à domicile au dispositif « grands rouleurs », lancement d'un leasing social pour faciliter l'accès à des véhicules électriques, reconnaissance du rôle essentiel des professionnels du domicile.

Enfin, sur le terrain, le signal le plus brutal est venu de Martinique. Cinq fédérations — ADEDOM, FEDESAP, FEHAP, FESP et SYNERPA — ont lancé un SOS conjoint à la Collectivité Territoriale, à l'ARS et à la Préfecture, dénonçant l'impact direct de la hausse à la pompe sur des SAAD antillais qui interviennent dans des zones à faible densité de transport.

Le sujet est désormais à la fois national, sectoriel et politique. Pour un dirigeant de SAAD, l'urgence opérationnelle est triple :

  1. accompagner les intervenantes éligibles dans la demande au guichet ASP ;
  2. revoir sa politique de remboursement des frais kilométriques ;
  3. transformer ce poste — historiquement traité en bout de chaîne — en variable de pilotage.

Ce que dit (et ne dit pas) le décret 2026-333

Qui peut bénéficier de l'aide « grands rouleurs » 100 € ?

L'aide s'adresse aux salariés (et non aux structures employeurs) qui remplissent simultanément :

  • une condition d'activité : plus de 15 km par trajet domicile-travail ou plus de 8 000 km par an dans le cadre professionnel ;
  • une condition de ressources : RFR par part ≤ 16 880 € sur l'avis 2025 (revenus 2024) ;
  • une condition d'usage du véhicule personnel pour des déplacements professionnels.

Concrètement, la majorité des auxiliaires de vie et aides à domicile travaillant en zone semi-rurale ou rurale sont éligibles. La demande se fait en ligne sur le portail de l'Agence de services et de paiement (ASP), avec ouverture du guichet au 27 mai 2026 et fenêtre de 2 mois.

Ce qui reste à la charge de l'employeur

C'est la zone grise du dispositif. L'aide de 100 € est complémentaire des indemnités kilométriques (IK) versées par l'employeur. Elle ne supprime ni ne remplace :

  • la convention collective applicable (avec ses propres barèmes IK) ;
  • la majoration kilométrique de l'avenant 43 pour les SAD non lucratifs ;
  • le barème fiscal des indemnités kilométriques publié annuellement par la DGFiP ;
  • le coût réel du véhicule pour le salarié quand celui-ci dépasse l'indemnité versée.

Pour un SAAD, l'arrivée des 100 € « grands rouleurs » n'allège donc en rien la pression sur ses propres charges IK. Au contraire, elle rend la comparaison plus visible : les intervenantes vont parler entre elles, comparer ce qu'elles touchent côté État et ce qu'elles touchent côté employeur. C'est un sujet de rétention.

Le point d'alerte FESP : la moitié entrepreneuriale exclue

Sur LinkedIn et dans la presse spécialisée, Loïc Gobé a explicitement pointé que la moitié entrepreneuriale du secteur reste exclue de certaines mesures de revalorisation des indemnités kilométriques. Pour les entreprises, mandataires et indépendants des services à la personne, l'effort reste donc à porter quasi exclusivement par l'employeur.

Pour ces structures, l'enjeu n'est plus de quémander une revalorisation publique : c'est de rendre supportable un poste IK qui ne va pas redescendre dans les mois qui viennent.

Pourquoi les frais kilométriques deviennent un sujet de pilotage, pas un sujet RH

600 000 salariés du domicile = autant de notes de frais par mois

Le secteur emploie environ 600 000 salariés du domicile (chiffres FESP). Chaque mois, dans un SAAD de taille moyenne, cela représente plusieurs centaines de saisies de kilomètres, de demandes d'avance, de justificatifs de carburant, de relevés de péage, parfois de tickets de stationnement.

Tant que ce volume reste traité au papier ou au tableur Excel, il génère trois pertes invisibles :

  1. Erreurs de saisie (km erronés, dates inversées) → litiges et reprises ;
  2. Délai de traitement moyen de 2 à 4 semaines entre la dépense et le remboursement → trésorerie immobilisée pour les salariées ;
  3. Aucune visibilité management sur le coût km par tournée, par bénéficiaire, par profil.

La marge réelle d'une heure APA-PCH à 25 €/h, frais inclus

Comme expliqué dans notre article récent sur le tarif plancher APA-PCH à 25 €/h, le tarif socle ne couvre que l'heure réalisée et facturée. Quand on intègre les frais annexes, l'équation se tend :

  • 1 heure d'intervention APA → 25 € versés par le département ;
  • 30 km de trajet pour s'y rendre (cas zone rurale) → environ 7,80 € de frais kilométriques au barème fiscal 2026 ;
  • 1 ticket de péage ou de stationnement → 1 à 3 € ;
  • 1 minute supplémentaire de saisie administrative au retour → coût marginal mais cumulatif.

Le coût total réel d'une heure d'intervention dans ce cas approche les 33-35 € pour le SAAD. Si l'employeur sous-estime ou sous-traite ces frais annexes, c'est sa marge qu'il rogne, pas celle du département.

Quand l'avance pèse sur les intervenantes

Le sujet le plus rarement discuté en réunion de comité de direction est aussi le plus impactant côté terrain : l'avance personnelle des intervenantes.

Une auxiliaire de vie qui fait 1 200 km par mois sur véhicule personnel doit avancer en moyenne 300 à 400 € de carburant avant remboursement. Si le délai entre la dépense et le remboursement dépasse 30 jours, cette avance devient une charge cachée sur le salarié — qui, dans certains cas, paie son crédit auto et son carburant avant même de toucher le remboursement de ses frais professionnels.

C'est l'un des premiers motifs de bascule des aides à domicile vers le travail direct CESU (où elles facturent et sont payées tout de suite par le particulier) ou vers le mandataire. Et le secteur ne peut pas se permettre cette fuite : selon FESP, 600 000 salariés du domicile interviennent chaque jour auprès des publics fragiles.

3 erreurs fréquentes dans le traitement des frais kilométriques en 2026

Erreur 1 — Confondre IK conventionnelles et IK fiscales

Beaucoup de SAAD remboursent au barème fiscal publié par la DGFiP en pensant être en règle. Or, la convention collective applicable peut imposer un barème supérieur (avenant 43 pour les SAD non lucratifs, par exemple). Résultat : sous-remboursement systémique et risque de redressement prud'homal en cas de contrôle.

Erreur 2 — Ne pas distinguer trajet pro / trajet domicile-travail

Le trajet domicile-travail n'ouvre pas droit aux IK fiscales chez l'employeur (sauf cas particuliers). Seul le trajet entre bénéficiaires (et celui de retour si la dernière intervention est éloignée) est éligible. Confondre les deux dans l'outil de saisie conduit soit à sur-payer (perte de marge), soit à sous-payer (litige avec l'intervenante).

Erreur 3 — Mélanger note de frais et avance bénéficiaire

Quand l'intervenante achète des courses pour le compte du bénéficiaire (avec son propre argent), ce n'est pas un remboursement de frais — c'est une avance à remettre au bénéficiaire ou à sa famille. Traiter les deux flux dans le même outil sans distinction comptable produit des écarts inexpliqués à la clôture mensuelle.

Ces trois erreurs sont quasi systématiques dans les structures qui n'ont pas digitalisé leur back-office. Et leur coût cumulé, sur une structure de 30 intervenantes, dépasse souvent 15 000 € par an entre litiges, reprises et démissions.

Digitaliser le tracking + remboursement : ce que ça change concrètement

Saisie automatique des kilomètres depuis le planning

Quand le planning d'intervention est intégré à l'outil de gestion des paiements, le calcul des kilomètres entre deux bénéficiaires se fait automatiquement. L'intervenante n'a plus à estimer ou noter ses km : ils sont calculés sur la distance réelle, géo-localisée, validée par le coordinateur.

Avance zéro via la carte de paiement dédiée

Avec une carte de paiement dédiée aux aidants professionnels, l'intervenante paie directement le carburant, le péage, le stationnement, les achats bénéficiaires depuis la carte de la structure. Plus d'avance personnelle, plus de remboursement à courir.

Le justificatif est photographié dans l'application, rattaché à la transaction, classé par catégorie. La saisie administrative au retour de tournée passe de 10 minutes à 30 secondes.

Validation et remboursement intégrés à la paie

Le suivi et la validation des paiements avec intégration comptable permettent au coordinateur de valider en un clic, au comptable d'exporter directement vers le logiciel de paie, et à la direction d'avoir une vue temps réel du coût km par bénéficiaire, par tournée, par secteur géographique.

Le délai de remboursement passe de 3-4 semaines à J+7 maximum — un seuil qui change radicalement la perception du métier côté intervenantes.

5 actions concrètes à mettre en place dès cette semaine

1. Communiquer le guichet ASP auprès de toutes vos intervenantes éligibles (15 km/trajet ou 8 000 km/an, RFR ≤ 16 880 €). Le guichet est ouvert depuis le 27 mai pour 2 mois. C'est 100 € net par salariée, à ne pas laisser passer.

2. Auditer votre barème IK actuel par rapport à la convention collective applicable et au barème fiscal 2026. Identifier l'écart, le quantifier, décider si vous l'absorbez ou si vous le facturez en marge brute.

3. Mesurer le délai moyen de remboursement des frais avancés sur les 6 derniers mois. Si vous êtes au-dessus de 21 jours, vous avez un sujet de fidélisation prioritaire.

4. Cartographier les 5 tournées les plus consommatrices en kilomètres et en frais annexes. Identifier celles dont le coût total réel dépasse les 35 €/h. Envisager une réorganisation géographique.

5. Tester une carte de paiement dédiée sur un périmètre pilote (3 à 5 intervenantes, 1 mois). Mesurer concrètement : temps administratif libéré, délai de remboursement, satisfaction terrain. C'est l'investissement avec le ROI le plus rapide du secteur en 2026.

En synthèse

Les 100 € « grands rouleurs » du 21 mai sont une bonne nouvelle pour les salariés du domicile. Pour les SAAD, ils sont surtout un révélateur : ils mettent en pleine lumière un poste — les frais kilométriques — qui n'avait jamais vraiment été piloté.

L'effort de l'État de mai 2026 ne se reproduira pas chaque mois. La hausse du carburant, elle, va vraisemblablement durer. Et le tarif plancher APA-PCH plafonné à 25 €/h ne laisse plus la place à l'à-peu-près sur les charges annexes.

Les SAAD qui transforment leur poste « frais kilométriques » en variable pilotée — barème actualisé, saisie automatisée, remboursement sous J+7, vue management temps réel — créent en quelques mois un avantage compétitif durable : sur la marge, sur le turnover, sur la qualité d'accompagnement. Celles qui restent au tableur paieront, une heure d'intervention après l'autre.

Pour aller plus loin sur l'opérationnel, parcourez comment Ezio fonctionne dans un SAAD ou notre page secteur Services à la personne.

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